Jeu de rôles

Techniques Psychodramatiques

Description

Le psychodrame est l’invention de Jacob Levy Moreno, psychiatre viennois et contemporain de Sigmund Freud : jouer des scènes de sa propre vie en présence d’autres.  Greta Leutz parlera plutôt de « mettre sa vie en scène »[1], titre de son livre, ou jouer une fiction, une construction avec un groupe de participants. 

 

Moreno tirera de son expérience, le concept de rencontre, inventé par Buber et celui de rôle que la psychologie sociale développera et qu’Anne Ancelin-Schützemberger n’a eu de cesse de rappeler avec son psychodrame triadique.

Dans la séance de psychodrame, le participant est à la recherche du sens à donner à sa vie, celui d’être sujet de sa vie avec la participation du groupe présent.  Le jeu de rôles passe ainsi du singulier au collectif par le fait que la dimension du sujet est articulée au collectif familial, au collectif culturel, au collectif social c’est-à-dire à l’universel déjà présent et commun aux êtres de langage que nous sommes.

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Le protagoniste comme l’appelle Moreno amène une scène où souvent il met en jeu des proches ou une situation récemment vécue.  Les autres participants seront choisis par lui et camperont les personnages de la mise en scène suivant ses indications, qui par les techniques les plus usitées de renversement de rôles, de doublage et jeux de miroir entraîneront le protagoniste à poser un autre regard, un regard décalé sur ce qu’il vit.  C’est pourquoi il est question d’une fiction à l’œuvre ou d’une méta-analyse.

Le processus du psychodrame peut mener un participant à se risquer à un enjeu réel.  Avec le retour d’un élément refoulé, un sujet se risquera à prononcer à un personnage de son histoire, une parole jamais encore prononcée et  la mettre en lien avec le désir resté jusqu’alors dans le domaine de l’inconscient.  C’est ainsi que le jeu spontané amené et interprété librement révèle l’enjeu de l’acteur.

La séance se scande en trois temps : la phase d’échauffement, le jeu proprement dit et le retour au groupe.

L’animateur est le garant du bon fonctionnement des séances et est attentif à chacun sans perdre le fil conducteur des interventions.  Il veille à ce que les règles de confidentialité de ce qui se dit en séance, du jeu est de l’ordre du « faire semblant » et exclut dès lors le passage à l’acte, du respect de ce qui se dit  etc… soient admises par tous.

Si la séance de psychodrame explore l’univers intrapsychique des participants et appartient à la psychothérapie, le jeu de rôles se limite à l’exploration des rôles que l’on joue, les rôles sociaux s’entendent.

 

[1]Mettre sa vie en scène, le psychodrame, Grete-Anna Leutz, 1986, Paris, Editions EPI

Psychodramatique : Adolescents & Tabac

La technique du jeu de rôles s’est révélée porteuse avec les adolescents et jeunes adultes dans le milieu scolaire, confrontés de près ou de loin au tabac.

Catherine Chabert expose dans son ouvrage l’intérêt du jeu de rôles chez les adolescents par l’avantage de la spontanéité qu’il fait émerger dans le jeu.

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Nous l’avons expérimenté en milieu scolaire.  La technique du jeu de rôles rend dynamique la participation des élèves ; le jeu les amène à représenter des situations qu’ils ont connues, par la liberté qu’ils prennent à se singulariser dans le jeu et à se poser devant leurs camarades. 

 

Surgit alors la spontanéité du jeu qui force le débat quand le sketch prend fin.  La technique du jeu de rôles les pousse à s’impliquer et les invite à s’exprimer à propos de leurs expériences du tabac.

Psychodramatique : Le couple

Le docteur Moreno attiré par le théâtre voulait l’exploiter autrement.  Dans les années 1920, participait au sein de sa troupe une jeune femme, douce et féminine qui à chaque jeu, remportait auprès du public présent un beau succès dans les rôles qu’elle interprétait librement avec candeur, naïveté et charme.  Son mari faisait aussi partie de la troupe.  Il profita d’un moment  où il fut seul avec le docteur Moreno et s’en ouvrit du fait que sa femme en privé était tout le contraire de ce qu’elle incarnait à la scène : elle saisissait chaque occasion qui se présentait pour insulter son mari dans une décharge furieuse.

Moreno demanda à la jeune femme d’interpréter alors les rôles de femmes aux mœurs légères ou ceux des femmes grossières et violentes.  A la grande satisfaction du public, elle s’en acquitta avec naturel et conviction.  Or sa vie de couple s’en trouva modifiée car selon son mari, quand advint la colère, surgit dans sa mémoire le rappel d’une scène similaire qu’elle avait interprétée.  Elle en rit.

Moreno tirera de cette expérience l’intérêt de passer du théâtre au psychodrame.

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